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Forster

  • Faites entrer l’accusé : après coup

    L’émission Faites entrer l’accusé (FELA) consacrée à l’assassinat de Gilles Andruet a été diffusée le samedi 11 octobre 2014 sur France 2. Elle reste en replay sur le site de la chaîne jusqu’au 18/10 environ.

    Ce documentaire est l’un des plus complets consacrés à l’affaire. Sur le format, il avait un avantage de départ – 110 min contre 52 aux formats doc classiques – et sur la temporalité aussi puisque France 2 a chargé la société 17 Juin Media, pourvoyeuse de tous les FELA, de se pencher sur l’affaire suite à l’acquittement prononcé en faveur de Sacha Rhoul, le dernier mis en cause et extradé du Maroc bien que marocain.

    Selon la loi, un maximum de 7 voix sur 12 (9 jurés et 3 juges) ont opté pour sa culpabilité. 7 voix coupables ou moins = acquittement. Une huitième voix et la condamnation tombait. Le détail des votes des jurés n’est jamais rendu public.

    Pour tous ceux qui n’ont pas connu ce champion fantasque, l’enquête montre bien toutes les facettes et les fractures d’un personnage attachant et complexe, provocateur-né qui ne laissait personne indifférent. Ceci est renforcé par les interventions émouvantes et motivées de Jean-Claude, le père de Gilles.

    Ce champion de rallye automobile des années 1970 n’a jamais cessé de tracer sa route judiciaire malgré les bâtons dans les essieux qu’on a pu lui mettre tout au long de l’instruction.

    Le piège de ce documentaire pour tous ceux qui ont connu Andruet est de ne pas regarder ces 110 min comme un « dossier » avec la signature télévisuelle et scénarisée de FELA qui nous emmène dans un « faits divers » comme on irait dans un film noir.

    Oui, il faut se représenter que Gilles Andruet a été massacré avec préméditation (il a été drogué) pour 300 000 francs (moins de 50 000 €). Il est mort sous de multiples coups. Les photos de l’instruction sont insoutenables, non diffusées. Et il a été lâchement jeté même pas comme une bête en pleine nuit, déjà mort, dans un endroit introuvable, une petite rivière de l’Essonne.

    Si le fils Liany a embourbé la presque totalité de l'argent du compte-joint (et accepté sa condamnation de recel),  les assassins (‘les’ car il a bien fallu transporter le corps et bouger sa voiture) restent juridiquement dans les limbes. Comme l’indiqua l’avocat général, l’affaire tourne ‘autour’ de Sacha Rhoul mais par ‘sur’. Ce que n’a pas dit FELA, c’est la durée de la plaidoirie de cet avocat général : 17 min dont une bonne partie consacrée à retracer sa propre carrière.

    Le doc ne fait intervenir qu’un seul proche de Gilles dans les dernières années de sa vie. Il raconte comme si on y était la fascination des spectateurs quand Andruet brillait aux tables de blackjack. Tinny sa copine de casino, Bernard, qui l’hébergea en partie dans les dernières semaines, sont absents.

    Acquitté en appel, Joseph Liany est représenté par son avocat Me Forster dans ce doc. Chez lui, on retrouva le jeu de backgammon et un livre prêté quelques jours auparavant à Gilles Andruet. Me Forster lance une hypothèse crédible sur les circonstances de l’assassinat sauf que Gilles Andruet a été drogué et donc la préméditation était bien là.

    Me Garbarini, second avocat du père de Gilles (procès en appel de Joseph Liany) lance une grosse pointe sur le palais Rhoul de Marrakech tenu par Sacha Rhoul grâce à l’argent de maman, sœur de Joseph : certes des vedettes comme Anelka s’y marient, des défilés de mode s’y déroulent, des séries télé y sont tournées et notre Johnny Hallyday national y a séjourné. Mais Me Garbarini lâche en passant que « des avocats généraux y passent aussi leurs vacances ». Pour des vedettes de la radio, on le savait, mais là, c’est une nouveauté balancée en quelques phrases.

    C’est à ce genre de « détail » que l’on mesure les petits et grands secrets avérés ou pas qui ont fait sortir les accusés un à un du dossier. Pour quoi au final ? 2 acquittements, 1 condamnation pour recel, 1 suicide, 0 coupable et 0 réponse pour Jean-Claude Andruet.

  • Les échecs repris de justesse

    Quel est le rapport entre le jeu d’échecs et l’actualité judiciaire ? Deux gros poissons sont sous les feux de la rampe : Charles Pasqua et Yvan Colonna. Quel rapport ont-ils avec le jeu d’échecs ?

    C’est raccroc, mais voici : le défenseur de l’ancien ministre de l’Intérieur Charles Pasqua est Maître Lef Forster. Il avait défendu Joseph Liany en 2003. Joseph Liany était accusé (avec son fils et son neveu, en fuite) du meurtre du champion de France d’échecs Gilles Andruet. Son procès, en 2003, s’était déroulé devant la Cour d’Assises de l’Essonne (lire l’intégralité des comptes-rendus d’audience sur le site de Notzai.).
    3d240212ff7094927fc4e4fc2a306b75.jpgIl avait pris quinze ans de réclusion criminelle avant d’être acquitté en appel (avec dédommagement par l’État) le 17 mars 2006 (lire le compte-rendu et ‘le jeu de cette famille’ sur ce blog même).
    Précision : Me Forster aime bien et sait jouer aux échecs. Tonton Charles a donc engagé un cador pour sa défense dans l’affaire de financement illégal présumé pour sa campagne électorale.

    Yvan Colonna-Gilles Andruet : une diagonale… présidentielle
    Devinez qui est le président de la Cour d’assises de Paris qui juge l’assassin présumé du préfet Érignac du 12 novembre 2007 au 12 décembre 2007 ? Dominique Coujard, qui était président lors du procès des assassins présumés d’Andruet en 2003.

    D’autre part, dans les images d’archives que viennent de nous ressortir les télés, on voit les dernières images de Colonna en liberté. Il est interviewé et dans le fond, on distingue un jeu d’échecs sur une table ronde de couleur verte. Est-ce chez lui ou dans un bar ? Colonna sait-il jouer ? À suivre quand ces images seront disponibles sur le Net.

    Enfin, et de manière « incidente » comme disent les avocats, je recommande trois livres édités par Anne-Marie Métailié pour ceux qui veulent découvrir ou redécouvrir le quotidien de la justice pénale en France. Version France pénale d’en bas. Ces livres sont signés Hannelore Cayre. J’ai particulièrement adoré Toiles de maître, son Commis d’office étant un ovni qui avait provoqué une déflagration dans le monde des polars. Avocate pénaliste, Hannelore Cayre a eu son portrait dans Libération du 12 octobre 2007. Il coïncide avec cette grande gigue atypique que j’ai croisée il y a dix-sept ans. Elle n’était pas avocate, mais avait déjà ce sens de l’humour dévastateur de fausse bourgeoise du XVIe. Merci Hannelore d’avoir mis ton humour au service de tous et d’avoir choisi de défendre le justiciable !
    PS. : Hannelore Cayre pensait que le jeu d’échecs était un truc pour les dingues, ce qui n’est pas le cas de son illustre confrère Me Francis Szpiner (avocat de Jacques Chirac) qui a écrit le sympathique Mat d’échecs.

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