La une des lecteursTous les blogsles top listes
Envoyer ce blog à un amiAvertir le modérateur

25 septembre 2012

Averbakh : mon cours s’appelle « Théâtre de pièces d’échecs »

Le site russe WhyChess est animé par le GMI russo-français Vlad Tkatchiev. Un très long entretien (traduit en français) entre Vlad et le GMI et historien Youri Averbakh a été mis en ligne le 7 août 2012.

Averbakh nous livre une théorie passionnante sur les origines du jeu d’échecs et ses cheminements dans les différents pays.

La fin de l’article donne un aperçu sur la technique employée pour captiver l’attention des 6‑9 ans lors d’un cours collectif que nos pédagogues patentés pourront méditer.

averbakh,tkatchiev,whychess,kgb,bronstein,spasskyAverbakh divise les profils des joueurs d’échecs en six groupes : « rage de vaincre », « combattants », « joueurs purs » etc. Il est fascinant de voir à quel(s) groupe(s) appartiennent les plus grands noms comme Fischer, Karpov, Kasparov, Lasker, Tarrasch,  Spassky et Bronstein.

Dans cet entretien modeste et génial, Vlad renvoie toutes les balles du fond de court comme au filet.

Ma préférée est cette anecdote concernant Spassky.

Averbakh le range dans le groupe des artistes « même s’il n’en est pas toujours conscient ». (
Photo : © Irina Stepaniuk / WhyChess)

"La Averbakh-anecdote"
« En 1962, à Erevan, lors d’un banquet suivant le championnat d’URSS, Spassky prit la parole et dit :

« Je souhaite porter un toast ni à la santé des grands joueurs d’échecs, ni aux dirigeants, mais à la santé de mon modeste voisin ».
En effet il avait remarqué que tout le monde buvait du vin sauf son voisin qui ne buvait que de l’eau. Puis il garda un moment le silence et ajouta « … pour mon voisin et son carnet ! ».

V.Т.: Donc c’était un type du KGB ?
Y.А.: Mais bien sûr. A l’époque ceci eut l’effet d’une bombe ! Chercher à attirer l’attention des autres est typique pour les artistes. »

31 décembre 2010

Bon Elo 2011, 2111, 2211...

Bonne année échiquéenne et personnelle à tous les lecteurs de ce bli-blog. Vous êtes entre 300 et 700 par jour à rendre visite à 1000 à 2500 pages. Heure de pointe: la pause déjeuner en mode ALT TAB sur le clavier alors que le/la chef est dans le bureau.

Si le Père Noël n’a pas oublié vos petits souliers, n’oubliez pas de revoir les meilleurs moments de 2010 en consultant les archives par mot-clé dans la colonne de droite en bas.

Bien sûr, l’objectif de 2011 est de faire grimper votre classement Elo. Pas de prétexte cette année sur les jeunes, le surmenage, la résistance, mon ordinateur est en panne. Malgré l’influence grandissante des PC et du Net sur la fluidité de l’information, une partie d’échecs reste un combat entre deux cerveaux dans un temps limité. Et heureusement, petit joueur ou grand mètre quatre vingt cinq, nous restons humains.

La bonne résolution 2011:
moins voire plus du tout de jeu en direct sur le Net; ne soyez pas super camé comme notre vrai super champion Maxime Vachier-Lagrave l'est sur le serveur américain ICC. C’est fatigant et pendant ce temps-là, vous n’étudiez pas vos parties perdues ni ne (re)lisez Bronstein ou Nimzovitch.

Enfin, pour ceux qui sont convaincus que leur « style » aux échecs reflète leur inconscient, qu’ils aillent voir une photo de Papy Freud en train de pousser du bois. C’est sur Flickr, et c’est la dernière bli-blague de ce blog 2010. Promis. Bon champagne ou champomy pour les enfants.

14 septembre 2008

Éditions Payot: nouveau site, bons crûs

 

Chercher un livre d’échecs en français relevait auparavant d’une sinécure. Depuis que les éditions Payot ont relancé leur collection en 1988, la vitesse de croisière annuelle est prise : deux publications, sans compter les réimpressions. Le site vient de faire peau neuve et les échecs ont leur ticket d’entrée. La cinquantaine de titres affichés avec le résumé et la couverture en basse définition sont les titres disponibles en librairie et ne représentent pas l’intégralité des titres publiés chez Payot depuis les années 1930.

euwe_P&C.jpg

Cliquer ligne suivante

Lire la suite

19 novembre 2007

Notes secrètes de Bronstein

Peu de temps après le décès du grand maître David Bronstein, son dernier livre sortait. Une sorte de valse aux adieux, un dernier et curieux pied de nez.

Secret Notes, coécrit avec le journaliste moscovite Sergueï Voronkov, met en scène tous les périples “bronsteiniens” dans les tournois, côté pile. Il est beaucoup question du partage de sa passion avec les amateurs comme avec les anciennes ou les futures stars (Kasparov et aussi une touchante photo de 1976 avec Short − 11 ans) de l’échiquier.
Ce livre est aussi un véritable tour du monde. Bronstein revisite ses tournois les plus marquants au travers des personnalités et non des parties. Ainsi, Mar del Plata 1960 où il présenta Spassky à Fischer: ils devinrent immédiatement amis et le sont encore! Concernant les anecdotes sur son passage sur le sol français, il y a bien sûr ses relations avec Mme Chaudé, François Le Lionnais, moi-même et mon sac de couchage!

f39a047aee493041e5e1aebf105003da.jpg

Côté compétition avec le club du Paris-Chess XV, sa fameuse partie contre Soulipa avec un sacrifice de dame joué dans un zeitnot infernal est à ne pas rater. Pour y avoir assisté en direct, je peux dire que Soulipa était resté incrédule, K.O. après la partie en se demandant ce qui lui était arrivé !

La fin du livre aborde sous forme de question-réponse des thèmes variés comme l’Internet, les cadences, les ordinateurs, la beauté, la tricherie électronique etc. Ce livre est le fruit d’une longue maturation: plus de six ans ont été nécessaires au journaliste Voronkov pour l’accoucher avec Bronstein, intarissable dès qu’un échiquier était à portée de main. Encore un livre remarquable et puissant de Bronstein. Encore un livre faisant réfléchir sur le comment des échecs.

Secret Notes, 232 pages, de 33 à 37 euros.
Le résumé des Éditions Olms

10:30 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Bronstein, Vorontkov, Olms |  Facebook |

07 décembre 2006

Décès de David Bronstein: adieu l’ami, je t’aimais tant !

David Bronstein est décédé à Minsk le 5 décembre 2006 à l’âge de 82 ans. Le vice-champion 1951 n’était pas seulement un grand joueur d’échecs original et imaginatif. C’était un homme, un Mohican rescapé d’un monde stalinien, capable de raconter comment on avait ordonné à Kérès de ne pas gagner avant de demander à un serveur, « an other bottle of wine ». 

L’information a été publiée dans la journée du 6 décembre sur le site de la FIDE. J’ai appris la mauvaise nouvelle suite à un appel fortuit à Djack (Elbilia) à propos des matches de notre équipe, les Échecs de Vincennes, ce dimanche. Il me lit l’info reprise par le site d’Europe Échecs. Goût de cendres. David est parti. On ignore ce qui l’a emporté, mais depuis de nombreux mois, mes contacts à Moscou me disaient que sa santé était défaillante ; j’avais cherché à le joindre il y a quelques semaines encore, par l’intermédiaire de son éditeur et ami moscovite, Sergueï Voronkov. J’avais su qu’il avait définitivement quitter Moscou pour Minsk pour rester auprès de sa femme, Tatiana, enseignante en philologie. Tatiana a environ vingt ans de moins que lui et est la fille de son ami, feu le GMI Bolevslavsky. Le temps a passé. Et puis, ce 6 décembre, j’allais rappeler Sergueï pour appeler Minsk. J’ai appelé Djack d’abord…

La semaine dernière, l’un de ses livres L’Apprenti sorcier (à acheter de toute urgence en librairie spécialisée !), m’était arrivé tout seul entre les mains une nuit d’insomnie, en repensant au match de Kramnik contre l’ordinateur. À relire son allocution du 28 juin 1996 à Maastricht devant des programmeurs d’ordinateurs d’échecs, on se dit qu’il avait tout compris. D’ailleurs, il étrillait les programmes, tout en expliquant à l’auditoire ce qui allait se passer!!

Des sites vont réciter sa carrière. Europe Échecs va nous publier un portrait dithyrambique du joueur, en donnant ses parties vues partout. Alors quoi dire ? Et comment le dire ? Finalement, le choix de microscopiques anecdotes s’est imposé. D’autres patates comme moi et admirateurs de Bronstein en ont vécues des dizaines. Partout dans le monde. Dommage que David n’en est pas fait un livre.

D’abord le début : comme un grand nombre d’Occidentaux en 1993, je croyais David Bronstein mort. Ignorance crasse. Il était oublié et remontait difficilement la pente grâce à la pérestroïka. En voulant rééditer son monument L’Art du combat qui traite du tournoi interzonal de Zurich, en 1953, je suis tombé sur une sous-variante qui posait problème.
Je lui ai donc écrit pour demander des éclaircissements. Surprise, il répondit. Quelques complications administratives et de visa plus tard, il passa à Paris signer son contrat. Ce fut le début de grandes aventures résumées ici par fragments. Et pour lui de nombreux voyages en Europe. David se partageait entre compétitions, cours, conférences, défis contre ordinateurs et matches pour des clubs, ce dernier point plus pour faire plaisir aux gens qui l’hébergeaient qu’autre chose.

Un peu comme toi David, je vais passer du coq à l’âne. Mais sans ton brio et comme je peux. Salut l’artiste, ce soir j’ai beaucoup de peine.

· Je revois David dans mon deux-pièces de célibataire : il lisait toute la journée en m’attendant. Il dévorait Les Prix de beauté, insérant des notes ou améliorations sur de minuscules bouts de papier qui y sont toujours.

· Je me souviens des soirées épuisantes avec David : après ma journée de boulot, nous mangions au restaurant. Il me racontait son match contre Botvinnik alors que son père était encore au goulag. Il me parlait de l’ambiguïté de Kérès, du jeune Fischer. Il se désolait de mon « terrible répertoire d’ouvertures ».

· Je me souviens d’un déjeuner au restaurant Le Louchebem, à Paris, avec David et le Belge Tom Fürstenberg, son mentor et poisson-pilote en Europe. C’était son 72e anniversaire. Nous lui avions fait la surprise d’inviter Spassky qui est arrivé… une heure en retard, ayant eu du mal à trouver le restaurant. Je me souviens de l’émotion des deux champions quand David vit surgir Spassky de nulle part.

· Bronstein,spasskyJe me souviens des nombreux matches que David joua pour le Chess XV, mon club de l’époque. Et notamment d’une rencontre à Cannes contre Cannes. Damir Levacic, le capitaine de Cannes, accueillit chaleureusement Bronstein et le fit applaudir. Dorfman voulait éviter David. Mais notre capitaine Stéphane Schabanel anticipa la manœuvre et la rencontre Dorfman-Bronstein eut lieu au deuxième échiquier ; David m’avait prévenu : « Avec les blancs, il va me visser. Contre lui, il faut que je sacrifie un pion, avec des menaces tactiques permanentes. Il va avoir peur et même s’il est mieux, il me proposera nulle car il sait que je suis toujours dangereux. » Ce qui fut dit fut fait.

· Je me souviens du retour du tournoi de Linares avec ma voiture de frimeur, une Mazda MX5 rouge, la "Libémobile", en direction de Paris. Environ 1 600 km en 16 h. David disait que le Pays basque ressemblait à la Géorgie. Il s’arrêtait rarement de parler. Dormait peu, ne mangeait pas. Et nous avions eu froid, à l’aller, dans un hôtel, à Irún.

· Au cours du retour sur Paris, je me souviens de l’arrêt blitz à Bordeaux pour rendre une visite surprise au journaliste Denis Teyssou (« tiens, je te présente David Bronstein »). Il était une heure du matin, et je dus tirer David par la manche qui s’enflammait dans une conversation.

· Je me souviens des heures passées dans sa petite cuisine, à Moscou, à boire du thé et à manger des gâteaux. De temps à autre, il allait piocher un livre dans sa bibliothèque. Nous parlions de la France, de la culture. Il revivait parfois un tournoi en allant me chercher une coupure de presse ou le bulletin même du tournoi !

medium_BRO01192.2.jpg

© ChessBase 

· Je me souviens combien David admirait Philidor et La Bourdonnais. Il respectait les joueurs du passé.

· Je me souviens comment David analysait une partie. Aucun GMI n'analysait comme lui.

· Je me souviens d’une visite dans une librairie spécialisée madrilène. Je connaissais le gérant. Mais il arnaquait David en ne lui payant pas ses droits d’auteur depuis des années. Nous décidâmes de rentrer, moi d’abord, et David, caché dans mon dos. Le gérant m’accueillit à l’espagnole, bras grands ouverts, tout sourire. Puis David apparut. L’ambiance se congela. Il nous fallut batailler une semaine pour récupérer l’équivalent de 1100 euros. David en gambita immédiatement une partie en me payant l’hôtel et le resto pour quelques jours. Ce n’était pas négociable.

· Je me souviens de sa victoire époustouflante contre l’Arménien Lpoutian au tournoi d’Ubeda. Lpoutian gagna finalement le tournoi et nous offrit le cognac avec ses compatriotes.

· Je me souviens de sa victoire incroyable contre Soulipa avec le Chess XV. Une mystification en plein zeitnot qui laissait le jeune Ukrainien K.O. et admiratif ! Lui savait qu’il venait de perdre contre une légende.

· Je me souviens d’un tournoi où deux boîtes de caviar nous aidèrent pour la concentration. Il m’expliqua que dans le passé, les délégations soviétiques en emportaient des pots entiers dans les tournois interzonaux et les matches importants.

 
medium_chaude_bronstein1.2.jpg

· Je me souviens de la rencontre émouvante avec Mme Chaudé en mai 1995. Ils ne s’étaient pas revus depuis des dizaines d’années. (photo © C. Bouton)

 

· Je me souviens que David changeait rarement de vêtement.

· Je me souviens de tous ses trucs pour s’économiser et rester en bonne santé.

· Je me souviens de sa culpabilité à être resté vivant au milieu d’une génération dévastée.

· Je me souviens qu'il disait rarement du mal des autres. Sauf de Botvinnik. Mais qui en disait du bien?

· Je me souviens de sa modestie. Déroutante, impressionnante, agaçante.

· Je me souviens que David avait un fils d’une première union dont il ne voulait plus entendre parler.

· Je me souviens comment j’aurais aimer mieux lire le russe pour apprécier pleinement ses livres et chroniques.

· Je me souviens de ses visites au championnat du monde, à Moscou, en 2002. Et de sa complicité avec Svechnikov et tant d’autres qui venaient lui serrer la main, les yeux dans les étoiles.

· Je me souviens de son éternel béret.

· Je me souviens de David au tournoi du Cap d’Agde. Guidarelli m’avait massacré et Relange chantait L’Aziza, de Balavoine, à tue-tête dans sa chambre.

Pardon David: <je>, <j’> ou <m’> a été employé 51 fois dans cet article. Et pardon de ne pas t’avoir cru quand, il y a deux ans, tu m’as dit que tu sentais que ta prochaine partie serait contre Dieu.

 

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu