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  • Marie Sebag : l’attaque mammouth à Khanty-Mansiïsk

    Il fait -17° C dehors. Il y a près de 3 000 ans avant Jicé (Jésus-Christ), des chasseurs s’attaquaient aux mammouths à Khanty‑Mansiïsk, en Sibérie. Aujourd’hui, cette petite ville de 80 000 habitants, à pratiquement neuf heures de vol de Paris via Moscou, est devenue grâce au gouverneur local et à la FIDE un épicentre de tournois d’échecs majeurs.
    Le championnat du monde féminin par élimination directe de deux parties s’y déroule jusqu’au 2 décembre.
    Il comportait 64 joueuses sur la ligne de départ et a vu un grand nombre de favorites chuter.

    sebag,stefanovaMarie Sebag de quarts
    Marie Sebag, numéro un française et numéro 10 mondiale est en quarts de finale contre l’ex-championne du monde Antoaneta Stefanova.


    Dans la première partie jouée mardi, Stefanova était un peu mieux, mais elle s’est emmêlée les pinceaux. Marie Sebag, en mode ‘Secret Story’ agressif, avec une gestion du temps impeccable à l’approche du 40e coup, déroule des coups sans faute dès qu’elle a la main. Saluée par le commentateur russe du site, elle pousse la Bulgare à la faute puis à la gaffe. Les deux joueuses manœuvraient dur dans une partie Espagnole, mais la phase de « zeitnot » (crise de temps) a été fatale à la plus expérimentée Stefanova et favorable à la plus rusée, Sebag.

    Seconde partie : Stefanova, avec les blancs, doit absolument égaliser. Marie Sebag joue comme il faut : pas pour la nulle en « serrant les fesses » selon le jargon imagé des joueurs d’échecs. Au contraire, elle prend l’initiative au prix de un puis de deux pions ! Le roi de Stefanova reste au centre.
     Nous sommes dans la phase critique du manque de temps. Et Marie doit jouer des coups précis : dévier la dame adverse et encore sacrifier une pièce : une suite forcée de nulle est là. Marie a encore trois minutes, mais la pression à 20 000 dollars est trop forte. Pire : elle loupe une suite d’échec perpétuel (33…Td7) après avoir fait tout le jeu avec les noirs en sacrifiant des pions et finit par perdre. 1 partout. Les deux joueuses se départagent jeudi 22 en direct (avec analyses Houdini pour les profanes) à partir de 10 h, heure de Paris.

    Moralité : Stefanova n’a rien fait. Mais dès qu’elle a eu sa chance, elle a sauté dessus.

    Le parcours de Sebag
    « Coucou ! » C’est ainsi que Marie Sebag accueille ses correspondants sur Skype. Coucou, ce n’est pas ainsi qu’elle a accueilli ses adversaires sur l’échiquier. Ou alors si, quand le mat était proche.

    Ronde 1: Coucou et au revoir Mlle Berezina (Australie, 1 nulle et 1 victoire).
    R2 : Coucou, et au revoir Mlle Girya (Russie, 1 nulle et 1 victoire).
    R3 : Coucou et au revoir Mme Galliamova (Russie, 2 victoires).
    R4 : Coucou et au revoir Khanty-Mansiïsk: défaite contre Mlle Stefanova (Bulgarie 1-1 et 0-2 en départage, voir note suivante).

    Atteindre les quarts de finale pour quelqu’un qui n’a joué que vingt parties longues depuis septembre 2011, ce n’est pas si mal ! Marie Sebag s’était remise dans le bain au Cap d’Agde tout en accompagnant une ribambelle de gamins du club parisien animé par sa mère, Le Petit Pouchet. Elle y entraîne les plus forts.

    Khanty‑Mansiïsk : la foire aux dollars
    La finale se joue sur quatre parties. La gagnante empochera 60 000 dollars, la finaliste 30 000 dollars et les demi-finalistes 20 000 dollars chacune. Quant aux perdantes en quarts de finale, elles empocheront 12 000 dollars, la FIDE retenant 20% en guise de… taxe (point 3.9.2 du règlement).

    Oh Marie si tu savais…
    Les relations entre Sebag et la FFE sont aussi à -17° C. Certes le site fédéral annonce les exploits de la championne, mais juste devant la norme de MI d’un maître corse en devenir dans une usine à normes, les tournois First Saturday de Budapest. Pas grave, Marie Sebag s’est débrouillée seule pour son visa et son voyage. Et son meilleur entraîneur reste… elle-même et ses amis sur Skype. Le jour où Sebag aura un sponsor à la Vachier-Lagrave, elle grossira de 150 points Elo et pourra se prénommer Judit. En échange, elle devra se plier à l’exercice de la conférence de presse qu’elle a consciencieusement séché à K-M. Certes, elle ne parle pas russe...

    Rejouer les parties sur le site officiel

  • Les héros de papier des années 1970

    Roue_Eglise_Mulhouse.JPGC’est un week-end de double ronde de Nationale II, groupe Est. Sept hommes une femme dans chaque équipe ont rejoint Mulhouse le 17 et 18 novembre. Deux équipes sont venues déplumées à six et sept joueurs. La routine. Mulhouse a logé une partie des équipes dans l’hôtel Mercure qui prête un salon où l’on guerroie sur huit échiquiers. Les joueurs – une centaine – sont des habitués de la compétition. Depuis des années. Voilà des licenciés A, des vrais, des tatoués à la compét, la plupart fidèles à leur région.

    C’est bientôt Noël et la mairie (de mécréants ?) a décidé d’installer une roue face à l’église. En légende de la photo officielle prise en 2011, elle nous assure que « la grande roue permettait aux visiteurs de prendre de la hauteur pour voir les lumières de Noël ». Ah bon.

    Tous identifiables
    Dans le salon du Mercure ce dimanche matin, on phosphore déjà. D’un coup, à voir beaucoup de très jeunes poussés par des clubs dynamiques, ces rencontres sur deux jours me renvoient aux âges de ces jeunes pousses, aux années 1970. Certains héros de papier que je suivais dans Europe Échecs, celui de Monsieur Bertolo, ou dans Le Figaro pendant les championnats de France en août, sont là en chair et en os ! Hormis Louis Roos, (Strasbourg, champion de France 1977) méconnaissable car sans barbe, tous sont identifiables. Ils aiment toujours autant le jeu. Daniel Roos ressemble plus que jamais à son père Michel (1932-2002), champion de France 1964, un grand monsieur avec sa femme Jacqueline, GMI féminin par correspondance.

    Richard Goldenberg (Colmar, champion de France vétérans, régulier des championnats de France) a toujours cet amour des échecs, de la langue française avec sa diction précise et sa voix rauque marquée par la nicotine.

    Le contingent strasbourgeois est venu, comme souvent, en famille : Louis Roos (champion de France 1977), médecin comme son père arrive le second jour. Daniel Roos, le capitaine de Strasbourg, se souvient de tel championnat du monde Cadets à Creil en… 1975. Oui il a encore quelque part les bulletins de ces tournois qui ont produit tant de champions. Jean-Luc Roos a toujours sa queue de cheval et son zeitnot à maudir.

    Le Strasbourgeois Jean-Claude Letzelter se tient toujours aussi droit à la table. Scoop à retardement : son ex-collègue de travail avait le privilège de l’âge et se prenait toujours comme vacances juillet et août pour solder les heures supplémentaires. C’est ainsi que Letzelter ne pouvait jouer que tous les trois ans dans ces années-là « sans que ses adversaires ne le sachent » raconte dans un sourire Daniel Roos. Ah au fait, M. Letzelter remporta le titre à chaque fois (1968, 1971, 1974) sans compter le titre de champion de France vétérans plus récemment.

    Emmanuel Preissmann (Oyonnax) joue toujours actif, les mains sous la table. Il a les cheveux aussi longs qu’avant, mais en blanc tandis que Michel Benoit (Chelles, champion de France 1973) est toujours preneur d’un bon mot ou d’une anecdote. Il ne s’en laisse pas conter contre les maîtres.

    En sortant de cette compét’, j’ai pris un coup de jeune. Pourtant, dans le TGV du retour, en attente de rentrer dans les blitz tournants en 3-3 avec mes camarades, une question s’est posée : que sera la Nationale II dans une trentaine d’années ? Que seront devenus nos jeunes maîtres internationaux actuels dont la plupart vivotent avec un salaire minimum ?

     La poule Est de Nationale II

    La liste des champions de France sur le site 'Héritage des Echecs français'

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  • Petit grand Karpov garde Le Cap

    Echecs 64 n’était pas au Cap d’Agde mais a intercepté un journal presque intime d’un participant pas du tout imaginaire ou presque relatant à son président de club les bonus et malus de l’un des plus grands tournois français tant par la masse que par la qualité. La suite en exclu, en (bons) coups et en liens ? Suivez le guide.

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