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  • Souffler n’est pas jouer !

    Vous l’avez déjà fait ; personne n’ose pourtant parler du phénomène : souffler les coups ou parler d’une partie voire dicter les coups ou une variante à son camarade pendant que celui se relaxe outrageusement. C’est si vrai que l’on retrouve dans les analyses des plus grands des anecdotes sur de courts dialogues entre grands maîtres pendant la partie. Si bien souvent ces histoires avec paroles ne portent pas à conséquence, elles mettent la pression sur le joueur resté à la table. Si le souffleur est BEAUCOUP plus fort, alors une variante que le « soufflé » n’avait pas envisagé va le faire douter. Et de se rasseoir dare-dare. Les grands spécialistes de ces discussions sont les Russes. Pas par esprit de tricherie, mais par habitude. Combien de fois Tal, Bronstein ou Smyslov aimaient résumer d’une blague l’inconfort d’une position d’un compatriote ou adversaire selon les cas.

    Les habitudes ont perduré. Mais là où la discussion pose problème, c’est pendant les matches par équipe. Vous êtes table 7 ou 8. Restons dans le style de l’Internet et respectons votre anonymat : vous vous appelez Patatomartin. Un grand maître Visionovitch tient le premier échiquier. Il sait tout des finales. Il anticipe les manœuvres. Il manie la psychologie sans égal. Vous avez la bonne position. Mais pour le bon plan dans le bon ordre, c’est comme s’il s’agissait de faire lever l’équipe de France à 8 heures du matin pour aller voir le Taj Mahal. C’est à votre adversaire de jouer. Vous vous levez. Visionovitch vous souffle le plan. Vous l’exécutez. Résultat : vous avez gagné un temps précieux et votre adversaire Patatodurand ira même jusqu’à vous féliciter. Incroyable ? Mais vrai. Dernier conseil de souffleur : évitez d’en parler, le monde échiquéen adore le non-dit.

  • La victoire de la masse

    C’est en lisant le sympathique reportage photo en Chine d’Almira Skripchenko sur chessbase.com que le souvenir du match épique Anand-Dreïev à Madras, en 1991, m’est revenu. Ces deux pays ont quelque chose en commun d’inimaginable pour nous autres Européens : la masse, les gens, jour et nuit, partout. Fin de la carte postale. Retour au match d’Anand à Madras.

    Nous sommes en pleine guerre du Golfe. Des aviateurs américains viennent faire le plein à Madras en toute impunité dans un pays pourtant non aligné. D’où viennent-ils ? De la base en plein Océan Indien que le grand public connaîtra des années plus tard. Où logent-ils ? Dans l’hôtel du match, à deux pas de l’aéroport ! Et ils « checkent in » et « checkent out » de l’hôtel en tenue. La presse locale en parle, la presse européenne s’écrase. Pendant ce temps, Anand fait aussi la une des journaux locaux… et nationaux. Ses victoires sur le Russe Dreïev surpassent les révoltes des « frères » tamouls au Sri Lanka et l’affront subi par le gouverneur local qui a défié le pouvoir central. Dreïev est à la dérive. Après chaque partie, les fans d’Anand envahissent l’échiquier comme des mouches dans cette salle proprette, aseptisée et climatisée d’un hôtel international. Dreïev est cerné. Il ne peut sortir. Cauchemar. Il doit continuer l’analyse. Anand répond aux reporters en parlant comme une mitraillette. Il répète encore et encore comment il a commencé, pourquoi il joue si vite. Le père et la mère d’Anand sont très présents. Un ami néerlandais est là pour l’encourager aussi. Et puis, il y a la masse. La rue. Les journaux. Les différentes éditions des dizaines de journaux du « sous-continent » indien. Dreïev joue le match à la soviétique : on lui a collé deux secondants. On saura à la fin du match que le prix de Dreïev a été claqué dans les suppléments d’alcool (à l’hôtel 3 étoiles) de cette équipée perdante. Il perd et rejoint Moscou. Anand prendra dès lors son envol sur le circuit. Il s’installera bien longtemps après dans la banlieue de Madrid. Comme un grand artiste, il « invitera » d’autres champions pour analyser pendant des heures des variantes pour rester en haut de l’affiche. Au calme et loin, très loin de cette masse qui l’a porté. Et qui produira d’autres champions comme lui.

  • Élections à la FIDE : combien ça coûte ?

    Coucou, le revoilà ! Bessel Kok, amoureux des échecs et sponsor d’une série de tournois appelés « Coupe du monde » dans les années 1980 brigue la présidence de la fédération internationale. De son côté, le président sortant mais pas encore sorti se représente : Kirsan Ilioumjinov. Vous n’avez jamais assisté à une élection à la FIDE ? Ben oui, ça n’est retransmis nulle part et ça n’intéresse à peu près aucun joueur d’échecs. Le scrutin est pourtant simplissime : un pays égale une voix. Autrement dit, les Îles Bermudes pèsent aussi lourd que la Russie dans le vote.

    Inutile de préciser qu’à ce rythme, nombre de voix s’achètent. Un sacré spectacle ! Ainsi, certaines voix se monnaient très cher car le délégué a dans sa besace un moyen de pression. Pour les petits pays dont tout le monde se fout, eh bien, la voix du délégué s’achète pour quelques jeux et pendules électroniques. Authentique ! Mais ce qu’il y a de plus fantastique, ce sont les achats de voix dans le camp adverse. Histoire de pimenter le jeu de poker menteur quand chaque camp fait son décompte de voix.

    Il y a aussi l’intimidation. Physique parfois, comme avec un délégué anti-Kirsan en 1996 à Erevan (rallié à son camp et salarié de la FIDE depuis !). Autre truc : le coup de « j’éteins les lumières dans l’amphithéâtre en plein débat, circulez, il n’y a plus rien à voir ! » (© Kirsan, Erevan 1996). Bref, tous les coups sont permis et le vainqueur est celui qui arrose le plus. D’ailleurs, le cours actuel de la voix est en train de grimper. Pour info, il serait actuellement autour de 5000 euros. Eh oui ! Bessel a eu le malheur de faire fortune. Qui gagnera dans ce match inédit des deux K? Réponse début juin à Turin, lors des Olympiades. D’ici là, le cours va grimper. Selon le ralliement des copains et des coquins. Bon téléfilm.

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