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Philidor, par Nicolas Dupont-Danican Philidor, son descendant

Au programme du Trophée Villandry figurait le 20 octobre 2007 un exposé d’un descendant de Philidor, Nicolas Dupont-Danican Philidor. J’ai plongé. Philidor, j’ai découvert son monde en 1988, quand Jean-Jacques Pauvert et Nicolas Neumann ont réédité son livre en couleurs. C’est à cette occasion qu’une ‘Société d’études philidoriennes’ s’était présentée sous ma plume.
medium_philidor_pajou_commandeVdParis.2.jpgL’oncle de M. Nicolas Dupont-Danican Philidor était commandant dans la marine et très actif pour faire vivre la mémoire de son illustre aïeul. Le commandant est décédé en 2005, je l’ai appris en arrivant à Loches, où se déroule un samedi matin à 10 h, la conférence.

Loches, voyons…. c’est à une petite heure en voiture de Villandry et le GPS-blitz du Dg de la FFE, Laurent Vérat, nous fait arriver juste à temps. Loches… voyons, voyons, mais oui, dans les années 1980, un joueur de Loches me permit de placer avec les noirs une variante infernale de la Najdorf (…h6 Fh4 g5 fxg5 Cfd7 etc.). Pas le temps de gamberger, la conférence va débuter. L’organisateur du Trophée Villandry, Henri Carvallo, présente Nicolas Dupont-Danican Philidor. Il persiste à l’appeler « monsieur Philidor ». Délicieusement chic.
(cliquer ligne suivante)

En une heure, je m’attendais à un exposé un peu plus fouillé que ce que l’on lit dans les dictionnaires de la musique ou dans l’excellent entretien datant de 2000 du commandant précité sur le site mjae.
Faute. Double faute et presque carton jaune. Ce fut bien au-delà. Précision, bonne diction, bons enchaînements, flashback et rythme, la conférence fut passionnante et riche d’enseignements. À vrai dire, j’ai partagé la vie et le génie de Philidor pendant une heure au gré du récit, de quelques morceaux de musique et des visuels, de ses lettres à sa femme quand il était en exil en Angleterre, tout triste de découvrir qu’il vit chichement des échecs et non de sa musique. Tout étonné de constaté qu’il parle beaucoup d’argent, assez de politique et finalement assez peu de ses recherches ou de sa pratique sur le jeu.
Tout étonné encore, de voir que Philidor est si connu dans le monde musical en Europe et presque oublié en France. Heureusement, la Société d’études philidoriennes (site Internet à venir) veille encore au grain.

La musicologue Marcelle Benoît n’en est plus la secrétaire mais est encore là. Un musicien professionnel fait une sortie et se lance dans un panégyrique d’icelle et de Philidor en expliquant que
« probablement comme aux échecs, la façon de jouer et les instruments eux-mêmes ont considérablement évolué. Le plus frappant reste tout de même que ces musiciens de cour pouvaient pratiquer toutes sortes d’instruments alors qu’aujourd’hui, nous sommes tous, nous musiciens, spécialisés dans un seul, et que nous y consacrons toute une vie. »
Marcelle Benoît : en 1988, je lui avais rendu visite dans son appartement boulevard Raspail et étais ressorti groggy d’avoir vu autant de pianos, un pianoforte, un appartement totalement consacré à la musique. C’était comme si un musicien avait rendu visite à
David Bronstein et que ce dernier lui avait parlé échecs toute la journée pensant qu’il est un maître et qu’il connaît la littérature échiquéenne.


Philidor, un nez en trompette

Il est difficile de résumer en une note ce qu’a pu représenter Philidor et son influence. Mais indiscutablement, il avait près de deux siècles d’avance sur son temps aux échecs.medium_Philidor_nez_en_trompette.jpg Quant à sa musique, elle revient à l’ordre du jour, le bicentenaire de sa mort ayant été fêté en 1995. À la fin de l’exposé, quelques questions fusent. Nicolas D-DP s’amuse encore à souligner que la marque des Philidor est celle « d’un nez en trompette ». Tiens, un peu comme le sien. Cet homme est délicieux, a l’air rusé et coquin… comme le buste de son aïeul. Et il a cette même persévérance qu’a eue Philidor tout au long de sa vie, même aux heures les plus noires où la Révolution française demandait sa tête.

Car en exil, oui, Philidor avait le droit d’assister au lever du Roi (d’Angleterre), oui, il suivait assidûment les arcanes de la vie politique en Angleterre, oui les parties que l’on connaît de lui nous sont parvenues grâce à l’admiration d’un scribe, et elles représentent sûrement le dixième de ce qu’il a pu jouer. Oui, en les rejouant, on reste frappé de la modernité de son jeu même si ses adversaires sont beaucoup plus faibles. Oui
, il mourut de  la goutte.


À la fin de l’exposé, l’aïeul du grand Philidor sort de sa mallette deux livres coécrits avec le commandant, deux livres de première main avec des illustrations, des copies de lettres, une généalogie que l’on ne retrouvera nulle part ailleurs: Les Philidor, une dynastie de musiciens et un autre, plus bibliographique, Les Philidor, répertoire des œuvres, généalogie, bibliographie (Éditions Zurfluh, 1995 et 1997). Je dégaine le carnet de chèques et regrette déjà ne pas être venu en train pour m’y attaquer au retour.
 

Lu dans le livre, Les Philidor, une dynastie de musiciens

Lettre du 20 février 1787 : « Le petit Robineau, qui avoit épousé une bâtarde de Mr Bertin, fait mon portrait qui est singulièrement ressemblant ; notre club en a fait l’acquisition pour dix guinées et on a fait mettre un cadre de deux louis et me voilà pendu dans notre salon d’Échecs à Londres. »

Lettre du 16 février 1790 : « Les Anglois font moins cas des vers que nous autres François, c’est pourquoi ils ont une bien plus grande vénération pour Corneille que pour Racine. »

Et le livre de se conclure sur cette fin terrible : On ne sait pas s’il apprit que son passeport avait été finalement obtenu, lorsqu’il s’éteint loin de son ingrate patrie, le 31 août [1795] au n° 10 de Little Ryder Street, à mi-chemin entre le Palais de St James et l’église du même nom à l’ombre de laquelle on l’inhume trois jours plus tard, comme l’indique le registre de l’église.

À lire également sur ce blog une note de juin 2006 sur papa Philidor, un autre génie dans son genre
et la biographie de Philidor (auf deutsch) de Susan Poldauf, la soeur du GMI allemand.
Voir enfin la photo de papa Philidor, colonne de droite en bas de ce blog dans les albums.

Commentaires

  • Bravo pour ce blog échiquéen et encore bravo pour ce passionnant billet du jour !

  • J'ai assisté au trophée de Villandry et en particulier à l'exposé sur la vie de Philidor.
    C'et avec plaisir que j'ai lu votre article qui m'a replongé dans cette ambiance particulière que j'avais déjà connu en 2000, à Dreux ville natale de Philidor. C'était à l'occasion d'une finale des lycées, l’oncle de M. Nicolas Dupont-Danican Philidor avait fait un exposé sur la vie de son aïeul et le samedi; de 17h à 18h, une centaine de lycéens avaient écouté respectueusement plusieurs oeuvres de Philidor jouées par des musiciens locaux.l

  • Bonsoir,
    Alain Fayard me fait part du décès de Jean Mennerat que nous avons bien connu puisque membre de notre Association (Amicale Thèméchecs) et dont nous n'avions plus de nouvelles depuis plus d'un an.
    Nous regretterons sa faconde et son verbe haut qui émaillèrent d'homériques joutes oratoires avec Jean-Marie Jeanton-Lamarche : "Vous rappelez vous, cher Docteur, en 1937,....." lors de nos assemblées.
    Par la même occasion, Alain Fayard me fait connaître votre blog et j'y apprends le décès (décidément, nous vieillissons...) de M. Dupont-Danican avec qui nous avions vainement oeuvré pour l'émission d'un timbre "Philidor" en France en 1992 (les instances ministérielles préfèrèrent cette année là la loge féminine maçonnique, Coluche et Zou Zao Ki...).
    Je ne manquerai plus de lire attentivement votre blog désormais, cela me permettra de me tenir au courant d' un monde duquel j'étais coupé depuis mon départ d'EE (15 ans de service).
    Pourrais-je avoir la permission de reprendre certaines parties de vos articles concernant ces deux décès pour les insérer dans notre bulletin ?
    Bien entendu, je n'oublierai pas de donner vos coordonnées.
    Avec mes excuses pour cet entretien un peu long mais né de ces tristes nouvelles qui ont suscité beaucoup d'émotion.
    Bien cordialement vôtre,
    Claude Geiger

Les commentaires sont fermés.

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