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  • France-Russie: allô, Président?

      COCORICO ! LA FRANCE A BATTU LA RUSSIE. J’ai de moins en moins mal à la France :)

     3 nulles sur les 3 premiers échiquiers et Fressinet qui score au dernier échiquier. Si les parties pouvaient être suivies dans un stade, on aurait eu la hola ! La composition d’équipe des Français a été « bonne » selon Jicé. Jicé alias Moingt Jean-Claude, vous savez, mon ami de trente ans désormais président de la Fédé. J’ai su la nouvelle après la bataille, vers 18h30. Le site TWIC  annonçait 3 nulles et la partie de Fressinet à terminer. La photo sur le site est sympa, siouplaît. De trop longues secondes plus tard, le téléchargement des quatre échiquiers apparaît enfin.

     « La Fress » n’a pas encore fini, mais c’est gagnant ! Plus tard, la partie est donnée dans l’intégralité. Et c’est une vraie démo : des complications, mais Fressinet a la balle et il prend à la gorge le Russe. Le pauvre Roublevsky a une dame hors jeu. Après la fumée des complications, il a été finalement dominé stratégiquement et joliment tactifié sur la fin. Je lâche mon cocorico et vous donne le lien officiel pour rejouer TOUTES les parties des Françaises et des Français (à la Giscard, mâtiné d'un "clac" en mettant votre index dans la bouche).

    Exploit ? Oui et non. Bacrot a tenu avec les noirs contre Kramnik sans problème. Lautier a joué une variante annulante avec les blancs, en tout cas, le genre de trucs sans risque pour écœurer, un peu comme Karpov à son meilleur. C’est redoutable en équipe. Sokolov, avec les noirs contre Grichtchouk a montré qu’il avait été candidat au titre mondial et que la Sicilienne, c’est son truc ! Du grand Andreï ! Quant à Fressinet, il a joué chez lui : initiative dans un type de position familier. Il n’y avait qu’un maillon faible dans ce match. Et ça tombe sur Roublevsky. Rideau. Et bravo.

    Bien avant ce match qui libérera psychologiquement d’autres équipes contre les Russes, j’ai eu Jicé au tél. Une première fois, je finis dans les cordes. Le vibreur du téléphone a gêné Président, en pleine assemblée générale. Président parle à voix basse et on entend en fond sonore des discours. Plus tard, appel : ça vient de son numéro secret. Et le Jicé me sort THE scoop : l’ambassadeur de Russie en France a cherché à le joindre par tous les moyens ce jour, le 30 mai. Bon, suite au déménagement de la Fédé, y’a eu un pataquès avec France Télécom, et monsieur l’ambassadeur a pris les chemins de traverse et a remonté la piste par Vincent Moret, un entraîneur-journaliste. Jicé avait eu l’info « y’a une seconde. J’attends son appel d’un moment à l’autre. Il veut me contacter pour me convaincre de voter Kirsan. Ch’ui mort de rire ». Comme prévu, tous les coups sont permis dans une élection. Jicé sert des louches tout en parlant. J’entends des « bonjour ». Une interprète chinoise le prévient d’un truc. Il parle des élections. Du off. Il donne son pronostic « mais tu l’mets pas beutonne » [oui, c’est comme ça qu’il m’appelle depuis environ 25 ans] et à ce moment-là, j’entends le Jicé dire : « Bonjour Bessel. » Hallucinant, non ? On passe à la variante « Président est débordé car c’est Jicé qui met les niouz sur le site de la Fédé : « J’ai trouvé du Wifi. » OK, j’avais démasqué ton style footballistique, vieux. Selon Jicé, paraît qu’la France a la cote de partout. Et pas seulement auprès des pays francophones ou de ceux demandant de l’aide. « Et c’est vraiment le côté sympa et chaleureux d’une olympiade avec tous ces pays, toutes ces cultures. » J’élude le couplet « Gens Una Sumus », Jicé est dans l’Spiel et quand il démarre...

    L’analyse de Jicé sur la forme de Bacrot ? Étienne fait maintenant du sport. Paraît qu’il a compris qu’à son niveau, c’est super important. Hé! Fischer l’a dit, répété et appliqué. « Sans blaaaague. Meeeeerde » (© Coluche). Merci quand même au docteur (Barbier). L’ambiance dans l’équipe ? « Super bonne, ils se prennent pas la tête et ils ont la pression avec Maxime, leur chouchou. » Bauer ? « Il s’est mis dans la tête qu’il avait un problème avec la cadence [1h30/30s par coup d’après s’ke j’ai compris], favorable aux jeunes en forme et bien préparés, et il fait un blocage psychologique là-d’ssus alors qu’il est par ailleurs en super forme. » Puis, je m’fais zapper : « Bon, ch’te laisse, y’a la traductrice chinoise qui m’appelle, j’dois y aller. » Voilà, c’était un instantané sur les Olympiades. Le dialogue a duré 17 minutes.

    L. Fressinet 2633 – S. Roublevsky 2687
    France-Russie, 4e échiquier, 9e ronde, Défense Sicilienne 30.05.2006
     1.e4 c5 2.Cf3 e6 3.Cc3 a6 4.d4 cxd4 5.Cxd4 Cc6 6.Fe3 Cf6 7.Fd3 Dc7 8.0–0 Ce5 9.h3 Fc5 10.Rh1 d6 11.f4 Cg6 12.De1 Fd7 13.f5 Ce5 14.Cce2 Db6 15.Dg3 0–0 16.Dh4 Tfe8 17.b4!?

    17…Dxb4 18.Tab1 Da4 19.fxe6 fxe6 20.Txb7 Tab8 21.Txb8 Txb8 22.Dg3 Tf8 23.Cxe6 Fxe6 24.Fxc5 Cxd3 25.Fxd6 Tf7 26.Dxd3 Cxe4 27.Cd4 Txf1+ 28.Dxf1 Ff7 29.Fe5 Fxa2 30.Df4 Fd5

    31.Fxg7 (31.Cf5! est supérieur) 31...Rxg7 32.De5+ Cf6 33.Cf5+ Rf7?? (Après 33...Rg6 34.Ce7+ Rf7 35.Cxd5 Cxd5 36.Dxd5+, y'a encore du boulot pour gagner)  34.Cd6+ Rg6 35.Df5+ Rg7 36.Dg5+ 1–0

  • Yellow Submarine et embruns russes

    Lundi soir. Je n’ai plus mal à la France. Garanti sans diététicien. Aux olympiades de Turin, après 7 rondes en quasi sous-marin, l’équipe de France est remontée à la surface. Elle a fini par « mordre » (© Manuel Apicella). Qui ? Rien moins que les Pays-Bas par un score propre net de 3 à 1, deux victoires blanches (Bacrot au 1 et Fressinet au 3), deux nulles avec les noirs (Lautier et Vachier-Lagrave). Le problème (et l’avantage) du système suisse sur 13 rondes, c’est qu’en gagnant par un score supérieur ou égal à 3 points, on remonte très vite. Et ce qui est arrivé arriva. L’équipe rencontre la Russie ce mardi.  Quand on lit ou écrit des phrases sur le mode « Kramnik revient en forme » ou « Bacrot vient d’arriver et a gagné trois fois de suite », c’est qu’en général, le gusse n’est pas sur place. C’est mon cas. Donc, je ne vais pas vous soûler. Trop tard, c’est fait.

    Prenons plutôt le match à l’envers et jouons au sélectionneur. Un jeu passionnant, surtout par ses non-dits.  Qui sont les hommes peu en forme dans chaque équipe ? Quel sera le choix des capitaines ? Et quelle stratégie de match en fonction de la couleur ? Eh bien, c’est amusant, mais l’ordre des échiquiers sera publié quelques heures avant le début de la ronde. En général, les perdants sortent. Les pas en forme restent sur le banc de touche. Et pour l’ambiance, faut avoir des bribes de première main. Aujourd’hui, je suis à sec. Portable débranché, laissons faire les artistes sur l’échiquier. Pour l’ambiance sur place, renvoi donc sur un site marrant, celui de l’arbitre Stéphane Escafre, présent à Turin et qui nous fait vivre la compét’ autrement. Merci à l’Échiquier niçois où j’ai chipé ce lien.

    Cet affrontement entre « bleu blanc rouge » et « blanc bleu rouge » arrive assez tôt dans la compétition. Malgré une défaite contre les Pays-Bas et un nul contre la République tchèque grâce à son buteur Navara (il a massacré Svidler, c’est sa cinquième victoire d’affilée), la Russie reste la Russie. Mais le doute aux échecs comme ailleurs, ça laisse des traces. Et pour les Français, après quelques rondes en sous-marin, les embruns du podium sont là. Des embruns russes ? À l’heure où ces lignes sont écrites, le marchand de sable est passé : l’équipe de France est dans les bras de Morphée. Ou devrait.  J’ai hâte de voir les parties, le dynamisme d’une jeune équipe face à une Russie aguerrie, motivée, et qui voudra rejoindre l’Arménie déjà devant. Bref, ça sera une histoire de maillon(s ?) faible(s ?). Et quand on voit Spassky battre Karpov dans les règles de l’art en parties rapides après tant de parties où il n’y arrivait pas, on se dit que tout reste possible !

  • Aronian: un chef d'oeuvre joué en 1 min!!

    Une minute. Il a fallu environ une minute à la pendule à Aronian pour se défaire d’Ivan Sokolov, le premier échiquier des Pays-Bas. La honte. La honte et le génie de la préparation. La nouvelle m’est tombée dessus comme un coup de massue. Sur le chemin du retour, dans le no man’s land des aires d’autoroute, j’appelle D’jack. Elbibi. Oui, bon Jacques Elbilia. Alors, kess, t’as fait ? Bon, D’jack a perdu. Il ne s’attarde pas. Je découvrirais vers 2 heures du mat’, en checkant quelques parties qu’il a encore fumé de la Défense Philidor. Mais j’ai pas l’temps d’en placer une. D’jack me raconte comment c’était impressionnant. Quoi ? Vite, suspense. Aronian a joué « comme Morphy ». La partie a duré une minute. Comment ça ? Oui, une minute à la pendule. Morphy à Turin. Vous savez, l’étoile filante américaine du XIXe siècle qui montrait son génie pratiquement à chaque partie. L’Arménie a battu les Pays-Bas et continue sa course en tête des olympiades, confortée par sa victoire sur les Russes. Jacques continue. Et je suis accroché au portable en train de vivre une partie que je n’ai pas encore vue. Quelques bribes : « Une Nimzo super compliquée. » Ah bon, ça existe ? Ben oui, et c’est génial. J’en veux plus. Mais D’jack a d’autres priorités : la commande de son dessert. Il raccroche bien vite. Contact, moteur. Il est 22 h 30. Près de quatre heures et quelques centaines de kilomètres plus tard, je verrai le fruit d’une préparation géniale. Et d’une partie à mettre absolument entre toutes les mains !

    I. Sokolov, 2676 - L. Aronian 2756

    Olympiade de Turin, match Pays-Bas - Arménie, 7e ronde (28/05/06), Défense Nimzo-Indienne

    1.d4 Cf6 2.c4 e6 3.Cc3 Fb4 4.Dc2 d5 5.cxd5 exd5 6.Fg5 c5 7.dxc5 h6 8.Fh4 g5 9.Fg3 Ce4 10.Fxb8 Df6 11.Fg3 Cxc3 12.a3 Ff5 13.Dd2 Fa5 14.b4 Ce4 15.Dc1 Tc8 16.Ta2 Txc5 17.Da1 Dc6 18.De5+ Rd8 19.Dxh8+ (Le seul coup pour éviter le mat était 19.Td2 Te8 20.Dd4 Tc1+ 21.Td1 Fb6 22.Db2 Fxf2+ 23.Fxf2 Txd1+ 24.Rxd1 Cxf2+ avec une tour en plus.) 19...Rd7 et les blancs abandonnent! Le mat est imparable: 20.Td2 Tc1+ 21.Td1 Dc2 22.Dd4 Txd1+ 23.Dxd1 Dc3+ 24.Dd2 Dxd2 mat. Regardez la position finale, les blancs n'ont développé aucune pièce!

     

  • Interview (presque) imaginaire de Pavel Tregoubov

    Après 6 rondes sur les 13 que compte l’olympiade de Turin, Echecs64 s’est rendu en 2CV Turbo au cœur du village olympique. Mais un barrage de la police du blitz nous a obligé à faire un détour par Tignes, le centre d’entraînement de l’équipe de France de foot. En montant péniblement une cote à 16%, nous avons croisé le gardien de but Grégory Coupet au volant d’une vraie turbo cette fois, qui a failli nous faire valser dans les décors. Quinze minutes plus tard, il nous doublait à vive allure et réintégrait « le groupe ». C’est la magie du téléphone portable : siffler n’est pas jouer. Merci Greg.
    Aux échecs, le « groupe » France n’a pas trouvé de Barthez ou de Coupet pour arrêter les buts. Le groupe se délecte dans les matches nuls. De préférence contre les équipes plus faibles et si possible en souffrant. De vrais épicuriens. À Calvia, les cinq premiers matches avaient été gagnés sans Lautier, Bacrot et Bauer avec une bande de jeunes qui se fendaient… mais au fait, avons-nous un groupe ? C’est ce que nous avons demandé au Russe résidant à Paris, Pavel Tregoubov, capitaine de l’équipe de France aux olympiades, un type charmant et très occupé.

    Q.: Pavel, merci de nous accorder cette entrevue.
    Pavel T.: Mais je ne vous ai rien demandé ! Je suis juste là pour vous dire ce que personne ne croit : que je suis un méchant garçon ! Je suis président de l’ACP, alors dépêchez-vous avec vos questions d’idiot utile. Vous ne m’avez encore rien demandé, mais je l’affirme : les nouvelles méthodes de la fédération sont fa-bu-leuses. Tout comme l’organisation. Par exemple, ils ont pensé au spectacle ici. Ils ont mis 5 ou 6 toilettes pour 500 personnes, c’est super pour les spectateurs : les joueurs doivent faire la queue pour uriner, les spectateurs ont ainsi plus de zeitnots. Il fallait y penser ! Les bornes Internet sont innombrables. Deux exactement. Elles sont squattées toute la journée par les joueurs du banc de touche. Il faut les voir jouer des 1-1 en blitz pendant 4 heures de suite. Ils ont vraiment l’air intelligent, c’est une excellente pub pour les échecs : enfin, nous sommes reconnus comme sport.
    Q.: Justement, l’équipe est ravie de loger dans le village olympique d’hiver avec des chambres sans table et sans télé. C’est un vrai progrès !
    P.T.: Absolument, et c’est bien fait pour eux. On les a mis deux par deux, c’est mieux pour les défilés. L’absence de télé va les doper. La dernière fois, ils devenaient dingues avec Loanna dans le Loft : c’est quand j’ai vu Fressinet arrêter le poker et Lautier rire toutes les cinq minutes comme s’il avait inhalé du gaz hilarant que je me suis dit, que si j’avais été capitaine, ça ne se serait pas passé comme ça. Cette observation a d’ailleurs été déterminante dans ma sélection pour le capitanat. D’ailleurs, j’ai oublié le nom des autres candidats. Vous vous en souvenez, vous ?

    Q.: Non et aucune importance, vous êtes forcément le meilleur. Donc, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ?
    P.T.: L’équipe fonctionne super bien sans Dorfman et Degraeve. J’ai appelé Raymond Domenech pour qu’il me conseille. Et vous savez ce qu’il m’a dit ? « Enlève un bloqueur et un buteur pour faire plus de matches nuls. Cela te mettra en danger et tu seras populaire. » C’est ça la transparence, vous voyez, cette info est exclusive, même Domenech ne l’a pas donnée à SFR ! Domenech m’a aussi dit qu’il fallait durcir les entraînements. En Corse, ils n’avaient pas pensé qu’il y avait trop de soleil et que certains joueurs en profiteraient lâchement. A Port-Marly, une semaine avant la compétition, ils ont vraiment pété un câble. Bauer a initié Vachier-Lagrave aux joies du ski nautique sur la Seine en lui faisant croire qu’ils allaient faire un tour en bateau-mouche. Le gamin est revenu mort de trouille et Bauer mort de rire. On a donc décidé de serrer les boulons à Turin. Vous savez combien je sais me remettre en question. Eh bien, sachez que n’ai fait aucune erreur de casting dans la composition d’équipe. Si on joue mal, et je vous livre un scoop…
    Q.: Grand maître, grand maître, vite lequel ? (Sans aucune raison, ce grand modeste enlève sa chapka. Il lève ses yeux bleus au ciel et lance) :
    P.T.:… c’est la faute des joueurs. Ils ont le temps de se préparer. Finita la commedia ! La Fédération a décidé de les dresser. Ils ont OBLIGATION de se coucher tôt, n’ont pas le droit de sortir. Nous avons même un diététicien à notre disposition, vous vous rendez compte, nous sommes une fédé adulte ! Ils mangent des pâtes à longueur de journée.
    Q.: Mais comment s’appelle ce magicien ?
    P.T.: Il s’appelle le Dr Barbier. Originaire de Châteauroux, les gars l’ont appelé ‘le Barbier de Turin’.
    Q.: C’est vraiment malin ! Mais que leur donne-t-il à manger ?
    P.T.: Ils se régalent avec des pâtes. Et en plus, nous sommes en Italie, un facteur supplémentaire de réussite. La FIDE a réussi un grand coup. Vive Kirsan !
    Q.: Mais, que dites-vous, les élections ne sont pas jouées !
    P.T.: Ah oui, excusez-moi, j’ai trop bu hier.
    Q.: ???
    P.T.: Oui, comme vous le savez, je suis au régime : du Clichy Saint-Yorre depuis des années. Conséquence, il m’arrive – mais c’est rare – de dire n’importe quoi. Et en tant que président de l’ACP, il faut que je fasse attention (nous sommes alors interrompus par son téléphone mobile ; cinq minutes de palabres en russe plus tard, Pavel raccroche, rouge comme un écrevisse en pleine crise d’adolescence). Ah, ils m’embêtent, moi ! J’ai plein de réunions, de gens à voir ici pour l’ACP. Mais je ne peux pas avec cette équipe de France qui veut être traitée comme l’équipe de Russie. Je me donne du mal, vous savez ! (il se ressert un verre de Clichy Saint-Yorre).


    Q.: Revenons à nos boutons. Que mangent les joueurs à part des pâtes ?
    P.T.: Des pâtes, des pâtes, oui, mais des… je vous laisse deviner la suite. Mais ce n’est pas la marque que vous croyez, car elles sont faites maison. En fait, ici, c’est un peu l’école Dorfman sans Dorfman. Au moins, nous aurons eu une victoire : celle des sucres lents. Quand je pense que l’équipe olympique d’URSS se déplaçait autrefois avec des pots entiers de caviar. Il est temps que la FFE trouve un nouveau sponsor.
    Q.: Par exemple, Petrossian, le spécialiste du caviar ?
    P.T.: Ah ! elle est bien bonne, celle-là !
    Q.: C’est irrésistible, mais ça ne me fait pas rire. Tiens, en représailles, puis-je révéler à nos lecteurs que ‘Tregoubov’ veut dire « trois lèvres » en russe ?
    P.T.: Négatif sinon je vous attaque pour droit à l’image. Mais laissez-moi vous donner un scoop à mon tour : quand j’ai vu la tournure de l’ambiance en équipe, j’ai immédiatement téléphoné au président de la Fédération. Vous le connaissez, il n’est absolument par susceptible et accepte toutes les critiques en rigolant. Eh bien ! Il était ravi des résultats ! D’ailleurs il est venu dare-dare à Turin. Personne ne le sait, mais il a volé des pastilles pour rire à Étienne Bacrot. Depuis, je le fais chanter et je lui ai demandé une promotion.
    Q.: Mais c’est un procédé ignoble !
    P.T.: Que voulez-vous, il faut me comprendre. Moi, mon ambition, c’était coupeur de citron au départ. Et puis, avec l’ACP, je suis très occupé. Jean-Claude voulait être capitaine. Mais ils se sont trompés dans les papiers administratifs lors du déménagement, et je me suis retrouvé capitaine. Comme Jicé est un fin politique aussi, il a demandé au docteur Barbier de Turin de prendre ses responsabilités. Ce dernier m’a immédiatement ordonné d’amener des chocolats aux joueurs pendant leur partie. Je m’en suis bien sorti, vous ne trouvez pas ?
    Q.: Mais l’usage stupéfiant du chocolat est interdit par le règlement FIDE !
    P.T.: Bien vu. C’est la raison pour laquelle, je les leur distribue quand ils font la queue pour aller aux toilettes. Cette méthode a un tel succès pour les équipes qui cherchent à tout prix les matches nuls que l’on me demande la marque employée.
    Q.: Oh ! Pavel, je n’y tiens plus, moi qui cherche à faire un régime pour grossir, dites-moi tout.
    P.T.: Keep secret secret. On ne me la fait pas ! On a inventé une formule pour ne faire que des matches nuls, vous ne croyez pas qu’on va la divulguer ainsi sur l’Internet en quelques clics.
    Q.: Merci de toutes ces révélations, Pavel, et faites surtout attention de ne pas gagner de matches, vous risquez de passer en conseil de discipline.
    P.T.: Je le sais. Le pire c’est que je risque un régime à base de pâtes. Trois ans ferme. Vous voyez, la dureté du régime ne s’applique pas qu’aux joueurs.

  • Les Marocains, de vrais petits Suisses

    Exploit de la première ronde des olympiades : le Maroc bat l’Inde 3 à 1. Anand était absent du match, lost in translation quelque part entre Sofia et Turin. Emmenée par le n° africain, le GMI marocain Hamdouchi, le match ne souffre aucune contestation. C’est D’jack qui m’a prévenu. Jacques Elbilia, parigot tête de veau au niveau de son club, mais jouant pour l’équipe du Maroc a explosé son forfait de téléphone portable. Pas pu en placer une : « Môôônstru-eux… unique dans l’histoire des échecs… », l’équipe jouait sur un nuage. D’jack s’est calmé. Et au moment même où j’allais jouer au vrai-faux reporter et lui placer ma première question, il me joue « h4-h5, sacrifice, sacrifice, mat » par téléphone : « Excuse, j’chte laisse, ça frappe à ma porte, j’dois y’aller. » Ce n’était pas la police italienne qui traque de nombreux participants pour trafic stupéfiant de pizzas surgelées dans l’aire de jeu, mais son capitaine qui venait le chercher. A moins de quinze minutes du début de la ronde. Merci vieux, pour l’info. C’est du lourd. Bon que faire avec cette bombe ? Je ne suis pas dans un quotidien, dans une agence ou un mensuel familial. Alors, j’ai gardé l’info sous l’coude quelques jours. Désolé, m’fallait un peu de soleil, moi aussi. C’était trop bon. Et il m’a fallu attendre quelques jours pour voir les parties.
    C’est vrai, c’est aussi cela les olympiades : le système suisse classique permet des rencontres improbables où les Tigres (de papier ?) se font parfois manger tout cru par des soi-disant petites équipes. Tant mieux ? Tant pis ? Sais pas, tant le concept « match par équipes » sur quatre échiquiers me paraît limite. Autre débat.
    L’autre info du jour selon D’jack, « et que personne n’a donnée, c’est dingue », c’est que sur cette première ronde, il n’y a eu aucun affrontement entre GMI. « Et c’est la première fois dans l’histoire des olympiades… ». OK, après vérification des matches table par table grâce aux tableaux clairs du Wiener Schachzeitung qui est le site officiel pour les résultats, c’est OK-dokay. Pour la seconde affirmation, je n’en mettrai pas mon coup de pied au feu.
    Le système suisse fait son œuvre de tamis : déjà après six rondes, de nombreux matches se terminent par des scores de parité, inévitables sur 4 échiquiers chez les hommes. Plus les rondes avanceront, moins les exploits feront la une. Au fait, cela n’est pas expliqué, mais on ajoute le nombre de points de victoires. Du coup, dans la dernière ronde, la chance joue quand les scores sont serrés. Ainsi, l’URSS devait vaincre la Pologne 4-0 dans je ne sais plus quelle olympiade (1986 ?) sous peine de ne pas être première. Elle moissonna, avec Kasparov jouant un gambit Benko et Karpov massacrant Sznapik avec une nouveauté théorique sur un Dragon.
    Sur les six premières rondes donc, j’ai bien aimé regarder les parties des « petites » équipes. Impression, peut-être fausse, « ça joue plus ». Dans les fortes équipes, les capitaines ont sorti le thermomètre à trouille pour leurs joueurs, et le fighting spirit s’en ressent. On essaie de gérer au mieux le pauv’gars qui a pris sa bulle du jour. À suivre demain dans une interview (presque imaginaire). Et en exclusivité, bien sûr !

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